Histoire Aléria

Les fouilles récentes (1971) ont donné la certitude d'une occupation à l'époque néoli­thique. Au 6e s. avant J.-C, la région attira des Grecs de Phocée (ville d'Asie Mineure).

Un relais du commerce attique - Après avoir fondé Marseille en 600 av. J.-C. les Phocéens créèrent en Corse, vers 565. un comptoir à Alalia. Vingt ans plus tard, chassés de leur cité de Phocée par la conquête perse, ils s'y installèrent et en firent leur métropole (de 540 à 535 av. J.-C).

Commerçants mais aussi pirates, les Grecs suscitèrent bientôt une coalition d'Étrusques et de Carthaginois sur laquelle, malgré leur infériorité numérique, ils remportèrent une difficile victoire à la bataille navale d'Alalia (vers 538 av. J.-C.) ; mais trop amoindris ils durent transférer leur métropole à Marseille et faire d'Alalia un simple relais entre cette cité et leur nouvelle colonie de Velia en Italie du Sud. Ce relais servit d'escale sur les voies maritimes de la mer Tyrrhénienne entre la Provence, l'Italie, la Sicile. l'Espagne et l'Afrique du Nord et devint un port d'importation pour la Corse elle-même. Les Phocéens exploitaient les mines de cuivre et de fer de la région de Venaco et de Corte. le plomb argentifère de Ghisoni et les forêts. Ils utilisaient l'argile corse pour leurs céramiques. Ils tiraient parti des étangs voisins riches en huîtres et en anguilles et développèrent les pêcheries et les salaisons. Les salines et le murex, coquillage dont les Anciens tiraient la pourpre, alimentaient une grande part de leur commerce. Ils introduisirent dans la plaine orientale la vigne, l'olivier et le blé. La cité et l'intérieur de l'île connurent donc les influences hellénistiques avant de s'ouvrir aux autres civilisations méditerranéennes. C'est ainsi que la céramique attique. avant celle de Campanie. influença la production locale. Les casques, boucliers de bronze et armes en fer venaient d'Étrurie et d'Espagne tandis que les Carthaginois importaient l'albâtre et la fine verrerie orientale.

Une cité romaine (I) - En 259 av. J.-C. Rome parvint à enlever Aléria aux Carthaginois qui la contrôlaient depuis 21 ans. et à partir de cette tête de pont, organisa la conquête de l'île. Engagée dans les guerres puniques, la République dut réprimer de nombreuses révoltes des peuplades de l'intérieur. Les opérations ne s'achevèrent qu'en 163. La Corse avait perdu plus de la moitié de sa population.

L'île qui formait avec la Sardaigne une province romaine fut soumise aux aléas de la politique intérieure de la République. En 81 avant J.-C. Sylla. par mesure punitive, transforma en colonie militaire Aléria qui avait soutenu ses adversaires Marius et Cinna. Tour à tour, Pompée. César puis Octave s'emparèrent de la cité à leur profit. Sous l'Empire, Aléria devint la capitale de la province Corse séparée de la Sardaigne et administrée pour le compte de l'Empereur. Auguste (empereur de 27 av. J.-C. à 14 apr. J.-C.) créa un port de guerre dans l'étang de Diane, tandis que le port de commerce était établi au pied du plateau dans un coude du Tavignano (où ont été trouvées les ruines des thermes de Santa Laurina des 2e et 3e s.). Tandis que le développement de Rome. d'Ostie et de Pouzzoles amenuisait le rôle économique d'Aléria. sa valeur stratégique croissait avec l'expansion du monde romain.

Pendant toute cette période, la cité fut prospère. Auguste la dota de remparts, d'un amphithéâtre et d'un aqueduc; il fit restaurer le capitule et le forum. Après lui. les empereurs Hadrien. Caracalla et Dioclétien continuèrent à agrandir et à embellir la cité. Celle-ci connaissait alors un grand rayonnement et. par son intermédiaire, la civilisation romaine se répandait dans l'île. Pourtant Aléria ne résista pas à la lente décadence de l'Empire romain. Resserrée sur son plateau, décimée par la malaria, elle fut incendiée par les Vandales et finalement abandonnée au début du 5° s. après J.-C.

Une terre longtemps déshéritée - Après le départ des Romains, la population fuyant les incursions barbaresques, abandonna la plaine d'Aléria. Les eaux descendues des montagnes se perdirent alors dans les terres, formant des marécages malsains. A la médiocrité des sols et à la sécheresse des étés s'ajoutaient les ravages du paludisme; les anophèles, moustiques qui transmettent la maladie, trouvaient en effet dans cette zone d'étangs et de marais un terrain de prédilection. La plaine était un immense terrain de parcours pour les ovins et les bovins qui y séjournaient en hiver et au printemps etr egagnaient la montagne en été. Cernés par un haut maquis de cistes et d'arbousiers, les villages de Ghisonaccia. Aghione et Aléria tiraient leurs maigres ressources de l'élevage et d'une agriculture aux techniques archaïques.

Les troupes américaines basées en 1944 dans la plaine orientale, inondèrent cette dernière en D.D.T.. éradiquant définitivement la malaria. A l'heure actuelle l'irrigation et la modernisation des méthodes agricoles ont transformé en un vaste verger cette région qui fut longtemps la plus déshéritée de la Corse.

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